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27./28. März 2010: Dessins de lettres. Psychanalyse, littérature, théâtre. 11ème colloque de l’A.l.e.p.h., Colleque franco-allemand

September 6th, 2009

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Organisation: A.l.e.p.h. Association lilloise pour l‘étude de la psychanalyse et de son histoire

27./28.März 2010

SKEMA de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille, Amphi A

En 1908, Sigmund Freud compare la littérature à une activité « de fantasme ». Son article va plus loin que le titre ne le laisserait entendre : il ne suffit pas de fantasmer pour écrire. Le fantasme soutient le désir, il ouvre une fenêtre sur le réel –  Fenêtre sur cour, le film d’Alfred Hitchcock, illustre bien cette « ouverture ».

Mais le désir, bien qu’articulé, reste inarticulable, comme l’observe Lacan. Et le reel ne pointe, la plupart du temps, que sous la forme de l’angoisse dans l’embrasure de la fenêtre du fantasme. Aussi, est-ce par le rejet que réagit l’être parlant à l’impossibilité d’exprimer son désir et à l’angoisse causée par le réel. Il ne veut rien en savoir : il refoule ou rejette son désir et fuit le réel Cependant, depuis la nuit des temps, le chant des sirènes attire les poètes. L’écriture leur permet de les approcher, mais ils restent attachés au mât d’une réalité rassurante, ainsi qu’Ulysse sur son navire.

Féru de lettres, grand lecteur de Shakespeare et jaloux de certains écrivains comme Arthur Schnitzler, Freud a frayé une autre voie vers ces zones où l’homme rencontre son destin. Il a inventé la psychanalyse dont on peut, avec Lacan, définir l’objectif : libérer le désir inconscient par la répétition de la demande, adressée par un sujet à un psychanalyste, de trouver son chemin dans une vie dont le langage voile les vrais enjeux, ceux de la sexualité, et avant tout, la question de savoir si un homme et une femme peuvent se rencontrer.

Dans le projet freudien (La question de l’analyse profane, 1927) de fonder de « hautes études » de psychanalyse, la littérature joue un rôle éminent. Et pourtant, ce n’est par goût des belles lettres. Freud, s’il appréciait le theatre d’Henrik Ibsen, ne méprisait pas pour autant la littérature mineure (La Gradiva de W. Jensen, par exemple), prenant son matériel là où il le trouvait. Lacan s’oppose à son tour aux lubies des beaux esprits en jouant volontiers sur l’équivoque du mot « lettre » : le « ruissellement des petites lettres » des mathématiques lui importait autant que celui des textes littéraires.

De tout temps, des hommes et des femmes ont avoué qu’il leur aurait été impossible de se maintenir dans l’existence s’ils n’avaient pas écrit. C’est sur cette fonction salvatrice de la littérature que Lacan pouvait se fonder quand il faisait de celle de Joyce un symptôme, voire un « sinthome ». Terme de l’époque de Rabelais, le « sinthome » désigne sous la plume de Lacan un lien réparateur sans lequel un sujet risque de sombrer dans la folie. À Joyce et quelques autres, l’écriture a servi d’un tel lien. Loin de renforcer le narcissisme ou la simple demande de reconnaissance sociale, l’écriture peut s’avérer nécessaire. Aussi la psychanalyse se laisse-t-elle instruire par la littérature. L’écriture et la psychanalyse sont solidaires puisque toutes les deux, et chacune à sa façon, défendent l’existence du sujet contre la jouissance dévastatrice qui parfois menace de l’annihiler. L’écriture dans ce sens débroussaille « ce qui ne cesse pas de s’écrire » de façon sauvage dans les symptoms morbides. On peut dire que le sinthome littéraire est un antidote du symptôme ravageur. À cet égard, le psychanalyste qui veut dissoudre ce dernier par son interprétation doit beaucoup apprendre des poètes.

Non, la psychanalyse ne se laisse ni réduire, ni « appliquer » à la littérature !

L’une rencontre plutôt l’autre sur certains points nodaux de la structure dans laquelle nous évoluons. Nous avons déjà insisté sur la fonction du sinthome. Voici encore deux autres points de rencontres :

1. Et l’inconscient et les poètes jouent avec la lettre – mais pas de la meme façon, comme on le voit avec l’auteur de Finnegans Wake, qui était « désabonné à l’inconscient ».

2. « La vérité a structure de fiction », rappelle Lacan dans son écrit « Lituraterre ». Certaines oeuvres (de Kleist jusqu’à Borges) dramatisent le caractère fictionnel de la vérité tandis que les paradoxes de la logique décrivent les voies par lesquelles la vérité se soustrait à la formalisation.

À la différence du signifiant qui représente le sujet, la lettre touche à la jouissance qui, elle, n’est pas représentable. Lacan pense la lettre comme située à la lisière entre le savoir et la jouissance, comme orientée vers ce que Freud, dans son Inter-prétation des rêves, a appelé « l’inconnu » (das Unerkannte). Elle ne peut pas représenter mais seulement cerner ce réel.

Notre colloque réunira des chercheurs (en histoire, comme aussi en critique littéraire et artistique), des hommes et des femmes de théâtre ainsi que des psychanalystes. Ils confronteront le fruit de leurs recherches sur les dessins de la lettre, dans le double sens de cette expression: du fait de leurs constellations, les lettres de tout texte littéraire sérieux dessinent la frontière entre le savoir et la terre inconnue à laquelle se heurte ce savoir, montrant ainsi que le savoir lui-même ne nous est pas si familier, même quand nous pensons le maîtriser. Par ailleurs, « dessin » consonne avec « dessein » dont il partage l‘origine, et renvoie à « destin », voire à « destination ». C’est pourquoi les chercheurs, orateurs de notre colloque, s’intéresseront également aux voies des lettres quand elles interviennent dans le destin de l’être humain, incarné par les héros des romans de toutes les époques.

Franz Kaltenbeck

Samedi 27 mars 2010

SKEMA de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille

Amphi A

9h15-11h

Ouverture et présidence, Sylvie Boudailliez, psychanalyste, présidente de l’A.l.e.p.h.

Geneviève Morel,

Emmanuel Bove : l’homme piégé

Paul Audi

—   Le paradoxe du Surmâle (Alfred Jarry)

—Pause café—

11h 30-13h

Présidence, Isabelle Baldet, psychanalyste

Jacques Aubert

—   A propos de V. Woolf et de la peinture

Léon Vandermeersch

—   De la divination à l’écriture : comment sont nés les caractères chinois

—Pause déjeuner—

15h -16h 30

Présidence, Frédéric Yvan, psychanalyste

Bruno Nassim Aboudrar,

—   INRI : lettre(s), mort, désir

Jean Bollack

—   Analyse de quelques lectures de la Bible faites par des psychanalystes

—Pause  thé —

17h-18h30

Présidence, Sylvie Nève, psychanalyste

Franz Kaltenbeck,

—   David Foster Wallace au-delà du principe du plaisir

Régis Michel

—   De l’analyse corporelle : un théâtre sans divan

—Cocktail—19h -19h 45

Dimanche 28 mars 2010

SKEMA de Lille, avenue Willy Brandt, 59000 Lille

Amphi A

10-11h30

Présidence, Brigitte Lemonnier, psychanalyste

Bernard Baas,

— « Entre » philosophie et psychanalyse : la littérature comme expérience

Marcus Coelen

—   « Tmêsis » – Syntaxe, Séparation, Solitude

(Lacan, Blanchot, Kleist)

—Pause café—

11h 45-13h

Présidence, Eric Le Toullec, psychanalyste

Michael Meyer zum Wischen,

—   Une écriture à dessein hors la loi : la maladie de la mort (Duras)

Regula Schindler,

—   Lacan lecteur de Claudel : le martyre de la lettre chez Sygne de Coûfontaine

14h 30 -16h

Présidence, Jean-Paul Kornobis

Monique Vanneufville

—    A l’ombre du père

Lucile Charliac

—   Lenz selon Büchner

Conclusion du colloque : Franz Kaltenbeck

Arguments du colloque

  • Bruno Nassim Aboudrar,

—   INRI : lettre(s), mort, désir

INRI : le titulus de Jésus accroché au-dessus de la croix, porteur d’une vérité paradoxale (Jésus n’est pas le roi qu’on l’accuse d’être, mais bien plus encore), est un des éléments – l’élément littéral – autour duquel, par lequel s’organise l’économie spéciale du désir et du deuil, de la séparation et de l’union, de la lettre et du fantasme que l’on nomme dévotion chrétienne. Autour de ce fait mélancolique, ma communication tentera d’interroger la figurabilité de ces lettres, auxquelles les peintres ont parfois cru devoir mêler d’autres lettres (vraies ? fausses ?) renvoyant, elles, à l’étiologie hébraïque du jugement de mort.

Bruno Nassim Aboudrar, professeur d’esthétique – Théorie de l’art à l’Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle. Auteur de Voir les fous, Paris, PUF, 1999 ; Nous n’irons plus au musée, Paris, Aubier, 2001. Ici-bas (roman), à paraître en avril 2009 chez Gallimard.

  • Jacques Aubert,

—    A propos de V. Woolf et de la peinture.

Une sœur peintre, proche. Des amis qui ne le furent pas moins. Des propos divers. Et puis, peut-être, un certain regard.

Jacques Aubert, professeur émérite des Universités, membre de l’ « Ecole de la cause freudienne ». Il a édité les Œuvres de James Joyce dans la Bibliothèque de la Pléiade (2vol., 1982 et 1995), ou il es également responsable d’une édition sur Virginia Woolf.

  • Paul Audi

—   Le paradoxe du Surmâle

Dans l’univers des contributions de la littérature à la psychanalyse, Le Surmâle d’Alfred Jarry, roman paru en 1902, devrait jouer un rôle de première importance, à condition toutefois d’en interroger la lettre dans la perspective des rapports entre le désir, la demande et l’amour. Ma communication entend présenter les grandes lignes d’un travail que j’espère publier à l’automne 2010, où la double question lacanienne du non-rapport sexuel et de sa suppléance par l’amour se voit recevoir de Jarry un éclairage décisif.

Paul Audi est philosophe et éditeur aux P.U.F. (où il codirige la collection « Perspectives critiques »). Il a, par ailleurs, publié de nombreux ouvrages sur Schopenhauer et la tradition du « pessimisme philosophique » allemand. On lui doit également des ouvrages remarquables sur Romain Gary, sur J.-J. Rousseau.

  • Bernard Baas,

« Entre » philosophie et psychanalyse : la littérature comme expérience

La littérature est d’abord « expérience » littéraire, littéraire et littérale — littérale au sens étymologique de l’aventure où l’on revient d’une limite (ex-périence). Comment penser cette limite et ce passage à la limite ?

Bernard Baas, professeur agrégé, docteur en philosophie, enseigne en classe de khâgne à Strasbourg. Il a publié notamment  Le désir pur (1992), L’Adoration des Bergers (1994), De la Chose à l’objet (1998). Ces ouvrages ont été traduits et publiés en plusieurs langues étrangères. Dernière publication : La voix déliée (2010, éd. Hermann).

  • Jean Bollack

—    Analyse de quelques lectures de la Bible faites par des psychanalystes

Lecture insistante de quelques passages de la Bible faites par des psychanalystes et qui ont pu donner lieu à des réinterprétations.

Jean Bollack : né en 1923 à Strasbourg, a fait ses études aux Universités de Bâle et de Paris. Il a enseigné comme professeur de littérature grecque à Lille, où il a créé en 1967 un « Centre de recherches philologiques » y développant les principes d’une herméneutique critique, appliquée d’abord aux Présocratiques, puis surtout à Epicure et aux Tragiques. Il a étendu ses intérêts à la littérature moderne (principalement à son ami Paul Celan) à l’art (théâtre avec tout récemment, le 13 juillet 2009, en direct sur France culture et en public depuis la cour du musée Calvet à Avignon, la direction de la lecture de l’Electre de Sophocle dont il signe également la traduction avec sa femme Mayotte Bollack.) et au dialogue avec la psychanalyse.

  • Lucile Charliac

—   Lenz selon Büchner

Le Lenz de Büchner constitue un récit fragmentaire, consacré de bout en bout à un moment crucial du déclenchement d’une psychose, qui vient sceller la destinée d’un grand écrivain, en le réduisant au silence peu après qu’il s’est fait connaître. Cet écrivain, Jakob, Michaël, Léopold Lenz, est de deux générations l’aîné de Büchner, lequel a précisément  trouvé dans son œuvre théâtrale et ses écrits sur l’art une importante source d’inspiration.

La tentative de Büchner d’appréhender, chez ce frère de lettres, l’irruption de la folie dans un récit partiellement fictionnel, dont l’étrangeté et la richesse ont suscité et continuent à susciter d’innombrables interrogations et commentaires, peut paraître particulièrement surprenante en une époque où le savoir psychiatrique est balbutiant. Autant qu’à la manière dont bascule une destinée, Büchner s’intéresse dans son texte à la présence qu’il suppose chez son personnage d’une jouissance qui le submerge dans les intervalles laissés vacants par ses moments d’extrême angoisse, jouissance qui ne se traduit plus pour son entourage que dans des délires d’auto-accusations. Intéressante est à cet égard la manière dont Büchner réinterprète un document sur lequel il étaie sa fiction, celui établi par le pasteur Oberlin, qui a hébergé Lenz durant la période embrassée par le récit de Büchner.

On peut dès lors s’interroger sur l’usage de la lettre qui est celui de Büchner lorsqu’il se fraie  ainsi, par l’écriture poétique, un accès à la folie de l’autre. Que tient-il en lisière ? Jusqu’où identifie-t-il sa propre voix à celle du Lenz qu’il ressuscite ? Quel nouage réalise-t-il entre le réel que la lettre a vocation à cerner et l’écriture poétique ?

Lucile Charliac, archéologue et linguiste de formation, est psychanalyste à Paris.

  • Marcus Coelen

—   « Tmêsis » – Syntaxe, Séparation, Solitude

« Jeder Satz ein Sprung ». À partir de cet intraduisible – une phrase allemande, ou presque – je me propose de réfléchir dans mon intervention, sur les rapports entre la « grammaire en tant qu’elle fait scie au sens » (Lacan, « Peut-être à Vincennes »), l’affirmation blanchotienne d’une « solitude essentielle », liée à l’écriture et l’exigence de séparation en psychanalyse. Sera centrale la « figure » – si elle en est une – de la tmèse : coupure et déplacement de ce qui ne « vit » que difficilement sans attachement à son mot, mais qui fait d’autant mieux éclat dans ses exemples homériques, kleistiens et d’autres.

Marcus Coelen est : Professeur assistant aux départements des Lettres romanes et de Littérature générale et comparée de la Ludwig-Maximilans-Universität, Munich et psychanalyste ; a traduit de Maurice Blanchot les Ecrits politiques. 1958-1993 (Berlin : Diaphanes, 2007) ainsi qu’édité et traduit un recueil de ses textes et fragments philosophiques (Das Neutrale. Berlin : Diaphanes, 2008) ; auteur d’un livre sur Proust (Die Tyrannei des Partikularen. Lektüren Prousts. Munich : Fink, 2007).

  • Franz Kaltenbeck,

—    David Foster Wallace au-delà du principe du plaisir

Avec son roman Infinite Jest (1996), David Foster Wallace (1962-2008) a été reconnu par ses pairs comme l’écrivain américain le plus important de son époque. Souffrant d’une psychose maniaco-dépressive, il s’est donné la mort en septembre 2008.

Jest peut se traduire par « plaisir », mais aussi par « plaisanterie », voire « raillerie ». En effet, DFW produit un humour particulier. À la recherche d’un nouveau langage littéraire que je me propose d’étudier, il met en lumière les impasses subjectives de ses personnages, engagés dans une course effrénée pour atteindre la jouissance via le sexe, la drogue, l’alcool, l’argent, et écrivant ainsi le cauchemar de son époque.

Franz Kaltenbeck, psychanalyste à Paris et à Lille, ainsi que dans le département médico-psychologique de la maison d’arrêt de Sequedin au Centre Hospitalier Régional Universitaire de Lille. Rédacteur en chef de « Savoirs et clinique ». Revue de psychanalyse. Des publications dans des journaux psychanalytiques et littéraires. Auteur de « Reinhard Priessnitz. Der stille Rebell » (Literaturverlag Droschl, Graz, Wien, 2006). Activité dans la recherche et l’enseignement de la clinique et la théorie psychanalytique, ainsi que de la littérature du XXe. Siècle.

  • Michael Meyer zum Wischen,

—   Une écriture à dessein hors la loi : le dessin/destin des lettres et la maladie de la mort

Ce discours doit démontrer que « La Maladie de la Mort » de Marguerite Duras s’avère être une  œuvre qui a pour sujet l’écriture même et la lecture. Le texte performe un processus d’écriture face à la circonstance que « l’homme et la femme sont irréconciliables » étant donné que cette incompatibilité tire son origine de l’altérité fondamentale du féminin. Le dessein de l’écrivaine Marguerite Duras était de risquer, dans le dessin de ses lettres, une ouverture de la loi vers le réel, vers un hors de la loi. Ainsi la lettre se lie avec une ‘alterité… relativement à l’ordre symbolique et phallique’ (Geneviève Morel).

Michael Meyer zum Wischen, docteur en médecine, spécialiste en psychothérapie et des maladies psychosomatiques. Cabinet psychanalytique à Cologne. Membre de l’Association pour la psychanalyse freudienne (Assoziation für die Freudsche Psychoanalyse, AFP) et de la Société Freud-Lacan, association psychanalytique de Berlin (Freud-Lacan Gesellschaft, Psychoanalytische Assoziation Berlin, FLG). Co-fondateur du collège psychanalytique (Psychoanalytisches Kolleg) en Allemagne. Membre de l’A.l.e.p.h. et du C.p.-A.l.e.p.h..Publication d’articles, surtout sur la psychanalyse de la psychose, dans « Jahrbuch für Klinische Psychoanalyse » (annuaire de la psychanalyse clinique), dans la collection de livres « Psychoanalyse » d’édition « transcript », dans les « arbeitsheften kinderpsychoanalyse » (cahiers de psychanalyse des enfants) et dans la revue « Texte ».

  • Régis Michel

—   De l’analyse corporelle : un théâtre sans divan

Le corps de la modernité s’invente chez Grotowski, dans les années soixante, avec l’action physique, qui est contemporaine de l’actionnisme viennois. Le corps est le grand oublié de la psychanalyse, théâtre du divan où sévit le couple infernal du phallos et du logos. Mais à l’Est toujours du nouveau : l’analyse corporelle de la posthumanité …

Régis Michel : Conservateur en chef des arts graphiques au Musée du Louvre, Paris

  • Geneviève Morel,

—   Emmanuel Bove : l’homme piégé

Dans Le piège (1945), Emmanuel Bove décrit un homme qui s’enferre progressivement dans ses propres pensées et ses démarches, comme en bute à une inexorable fatalité. Dans ce dernier roman, qui n’eut aucun succès à la Libération parce qu’on préférait alors une lecture plus héroïque de la Résistance, Bove a capté l’esprit ambigu de Vichy. Mais il l’avait anticipé, comme le montre sa production romanesque, prolixe entre 1928 et sa mort, en 1945 : ses personnages, qui se cherchent une place dans une société qui les rejette ou dont ils s’excluent, passent leur temps à échafauder des hypothèses vaines sur le pouvoir dont ils tentent de s’approcher, ce qui les amène à leur perte. J’essaierai de lire cet auteur à la fois fascinant et insaisissable, dont la biographie est à elle seule un roman, dans la perspective de l’articulation du surmoi au surmoi culturel (Kultur-überich), proposée par Freud en 1930 dans Le Malaise dans la civilisation.

Geneviève Morel, psychanalyste à Paris et à Lille, ancienne élève de l’ENS, docteur en psychologie clinique. Dernier ouvrage paru : « La loi de la mère. Essai sur le sinthome sexuel ». Erès, 2008. Enseignante à « Savoirs et clinique », présidente du C.P.-A.l.e.p.h.

  • Monique Vanneufville,

—    A l’ombre du père

Ce qui est dit de l’écriture et de la littérature dans l’échange de lettres entre Anna et Sigmund Freud (correspondance intégrale parue en 2006 chez Fischer) et entre Anna et Lou Andreas-Salomé.

Monique Vanneufville, germaniste.

  • Léon Vandermeersh

—    De la divination à l’écriture : comment sont nés les caractères chinois

Comme dans beaucoup de cultures préhistoriques de l’Asie du Nord, dans celles du néolithique chinois était pratiquée la scapulomancie, divination par interprétation des craquelures produites par le feu sur les os plats (omoplates) d’animaux.  Cependant, dans la dernière phase du néolithique, en Chine cette technique a été portée a un très haut niveau de sophistication qui a abouti à la production quasi-expérimentale de craquelures stéréotypées en forme de *T* couché, ne comportant qu’un nombre limité de variantes. Comme à chacune de ces variantes a été attachée une signification manticologique déterminée, les craquelures scapulomantiques normalisées, devenues formellement des /signifiants/, ont pu être assimilées à des /mots graphiques/. L’idée d’extrapoler le principe de ces mots graphiques à la fabrication de signes graphiques composant une langue graphique divinatoire, élaborée par les devins pour annoter sur les pièces divinatoires elles mêmes (omoplates de bovidés et écailles de tortue) les divinations qui y avaient été effectuées, en vue de leur archivage “scientifique”, pourrait bien avoir été à l’origine de l’invention des caractères chinois. Ceux-ci, en effet, n’apparaissent d’abord que comme des graphies avec lesquelles sont composées les épigraphes gravées en annotations le long des craquelures divinatoires, pour mémoire des données  de chaque divination. Cent cinquante mille fragments de pièces divinatoires inscrites de cette manière ont été découverts depuis 1899, date à partir de laquelle les recherches ont commencé.

Léon Vandermeersch, ancien membre scientifique de l’Ecole française d’Extrême-Orient, en mission successivement à Hanoi, Kyoto et Hong Kong avant d’enseigner la langue et la civilisation chinoise comme maître de conférences, puis professeur, aux Universités d’Aix-en-Provence, puis Paris VII, et enfin comme directeur d’étude à l’Ecole pratique des hautes études. Il a été directeur de la maison franco-japonaise de Tokyo et de l’école française d’Extrême-Orient. Spécialiste de la culture chinoise en Chine et dans les pays sinisés (Japon, Corée, Viêtnam), il est l’auteur de nombreux ouvrages et de centaines d’articles portant sur divers sujets de cette spécialité.

14.  Regula Schindler,

Martyre de la lettre: Sygne de Coûfontaine

Lacan prend l’héroïne de la première pièce de la trilogie claudélienne „L’Otage“ comme témoin d’une „surimposition de la marque du signifiant“. Ce que le signifiant impose au sujet se redouble d’une lettre tissée dans la chair: l’héroïne sera amenée „au plus profond du refus“, au refus d’une dette symbolique au service de laquelle elle avait engagé toutes ses forces et lié toute sa vie.

Ceci s’annonce déjà dans le nom : la lettre y surplombe le i de Signe, et ébauche la croix qui, dans le dernier geste muet, „psychosomatique“, se substituera à l’héroïne mourante.

Cette figure d’une femme aristocrate archi‐catholique qui, dans les errances postrévolutionnaires, va à sa déperdition, quel intérêt aurait elle pour nous ? Les questions de la foi et de la dette perdue, et de ce qui s’y substitue, nous concernent toujours au plus vif de notre pratique : comment les poser ?

Regula Schindler, psychanalyste à Zurich, ex-présidente du Lacan Seminar Zurich, membre de l’ALI (Association Lacanienne Internationale) depuis 1990. Publications (dans le journal RISS, le Bulletin de l’ALI, et plusieurs livres) sur divers topoï du champ psychanalytique entre Freud et Lacan, et quelques traductions. Regula Schindler présente un intérêt particulier dans l’échange et la circulation entre le discours analytique et les autres formes du discours : littéraire, artistique, psychiatrique.

Näheres hierzu bei:  Michael Meyer zum Wischen, praxismzw@web.de